Rumî et le Samâ

Rumî et le Samâ voie mystique du Soufisme derviches tourneurs

Rumî et le Samâ voie mystique du Soufisme derviches tourneurs

Rumî et le Samâ voie mystique du Soufisme derviches tourneurs

Le samâ fait référence à une pratique spirituelle consistant à chanter et à danser pour exprimer certains états intérieurs particuliers et rendre louange à la création. Le mot samâ vient du verbe arabe sami’a signifiant « écouter ». Cette pratique est donc avant tout une écoute, qui a cependant une particularité : elle se réalise avec l’oreille du cœur et décèle dans certaines musiques ou sons particuliers un appel à la connaissance de soi et au retour en un lieu situé au-delà de nos frontières géographiques. Bien qu’existant de manière sporadique depuis les premiers siècles de l’Islam, cette pratique a connu un nouvel essor grâce au grand mystique et poète Jalâl-od-Dîn Rûmî (1207-1273). Il en définit les bases théosophiques en s’appuyant sur une pensée et une vision du monde très particulière. Le Samâ demeure pratiqué jusqu’à aujourd’hui par les adeptes de sa voie, cette pratique s’est progressivement enrichie de divers chants et danses.

C’est sans doute Rûmî qui a porté le plus d’attention à la musique et au son dans la quête spirituelle, en déclarant que « Plusieurs chemins mènent à Dieu. J’ai choisi celui de la danse et de la musique… dans les cadences de la musique est caché un secret ; si je le révélais, il bouleverserait le monde« .

L’écoute de sonorités aux accents mélancoliques permet donc d’éveiller les cœurs et les consciences en incitant à réfléchir sur la réalité de la douleur se cachant dans la musique et sur la nostalgie des origines qu’elle déclenche  dans le cœur des êtres. Chaque homme est donc appelé à écouter son propre ney (flute) en rompant progressivement les attaches qui le relie au monde matériel pour se remettre entre les mains du musicien-Créateur.

Rumî et le Samâ voie mystique du Soufisme derviches tourneurs

De façon générale, la musique est considérée comme étant en relation intime avec l’ensemble du cosmos. Elle reflète la joie de vivre, la vie foisonnante et la nature engagées dans une danse perpétuelle. De même, le derviche se mettant à tourner au son de la flûte symbolise le mouvement circulaire constant des planètes et du cycle de la vie. La musique est donc l’expression sonore de la loi de l’univers, engagé dans un mouvement et une transformation circulaire perpétuels qui ne s’accomplirait pas sans l’existence d’un pôle (le soleil, symbolisant Dieu) et des planètes (l’ensemble des êtres vivants) tournant à la fois autour de lui et sur elles- mêmes.

En outre, Rûmî considérait le samâ comme un moyen permettant au mystique de manifester et de vivre pleinement ses émotions, des douleurs les plus profondes aux joies les plus intenses. Ainsi, on raconte souvent qu’une émotion particulière ou l’entente d’un son particulier incitait Rûmî à danser et qu’après la mort de son maître Shamsoddîn de Tabrîz, Rûmî lui-même ne cessa de pratiquer le samâ pour manifester sa peine et son chagrin et fini par l’amener à l’éveil spirituel.

Rumî et le Samâ voie mystique du Soufisme derviches tourneurs

Au final, la danse et l’ivresse spirituelle qu’elle permet d’exprimer doit conduire à un oubli progressif de sa propre personne ainsi qu’à la libération de l’emprise de son moi égoïste pour atteindre un état d’immersion en l’univers et d’annihilation totale de l’ego , dans la présence et l’amour divins . La pratique du samâ doit également permettre de prendre conscience que tout l’univers et la création ne sont qu’un grand samâ chantant les louanges du Créateur.

Le Samâ est considéré comme un moyen de connaissance à part entière : si les livres peuvent satisfaire l’intellect et contribuer au développement de ses facultés analytiques et spéculatives, la danse du corps entraînant celle de l’âme permet d’éveiller cette dernière à l’existence de sa partie oubliée .L’homme détient en lui des connaissances qu’il a acquis à l’état prééternel et qu’il a ensuite oubliées après sa naissance corporelle. Il doit dès lors s’efforcer de se ressouvenir et se remémorer les connaissances acquises par son âme avant qu’elle ne s’incarne dans le corps.

Lecture conseillée :

« Soufi mon amour  » de Elif Shafak

Rumî et le Samâ voie mystique du Soufisme derviches tourneurs

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